Désengagement américain en Afghanistan, casse-tête du financement, tensions avec l’allié turc: l’Otan prépare un “reset” de ses relations avec les Etats-Unis, mais l’Alliance doit solder de lourds contentieux pour se reconstruire, avertissent les diplomates européens.
Hier mercredi, la première prise de contact entre les alliés et le gouvernement de Joe Biden était virtuelle. Le nouveau patron du Pentagone, Lloyd Austin, allait s’adresser à ses 29 homologues depuis Washington et aucune décision n’était attendue au cours des deux journées de discussions, car les Américains veulent d’abord se concerter, selon l’AFP.
“Cette première réunion avec l’administration Biden doit permettre de préparer le sommet qui se tiendra plus tard dans l’année”, avait expliqué lundi le Secrétaire général de l’Otan, le Norvégien Jens Stoltenberg. “Nous devons reconstruire la confiance perdue”, avait-il reconnu. “Il y a beaucoup de travail de réparation à faire”, avait confirmé le représentant d’un Etat membre. Une réunion des ministres des Affaires étrangères avec le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken est prévue les 23 et 24 mars et le sommet pourrait se tenir avant la fin du premier semestre, a-t-on confié de même source. Des arbitrages sont pourtant attendus rapidement pour Resolute Support, la mission de formation de l’Otan en Afghanistan. L’accord conclu avec les talibans par l’administration Trump prévoit le départ de toutes les troupes étrangères le 1er mai et “personne n’a envie de rester”, a reconnu Jens Stoltenberg.
Mais les conditions pour un départ ne sont pas réunies, car les talibans n’ont pas déposé les armes, a-t-il déploré. L’Alliance est confrontée à un dilemme: se replier à la date prévue ou poursuivre la mission dans un environnement hostile, car les talibans ont promis la guerre. “C’est le commandant en chef (le président Joe Biden, ndlr) qui prend ce genre de décisions”, a averti le porte-parole du Pentagone.
Jens Stoltenberg n’a pas voulu préjuger lundi des décisions qui seront prises. “Il est très embêté que le +reset+ (réinitialisation) de l’Alliance commence avec un choix difficile, voire impossible pour les alliés”, a commenté un diplomate européen. “Cette guerre n’est plus gagnable, mais l’Otan ne peut se permettre de la perdre piteusement”, a-t-il jugé.
Le désengagement américain a été lancé par Barack Obama. Joe Biden était son vice-président et il est peu probable que devenu président il revienne sur l’engagement de réduire la présence américaine dans ce pays, avertissent les analystes.